Dé-livre-moi (grande forme, création 2022-23)

Dé-livre-moi

 à partir de 7 ans

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Ecriture textuelle et idée initiale : Elena Bosco
Ecriture musicale : Emmanuel Lefebvre
Mise en scène collective : Elena Bosco, Daniel Collados et Agathe Listrat
Interprètes : Elena Bosco et Agathe Listrat
Fabrication décor : Frédéric Bonora
Fabrication marionnettes et ombres : Elena Bosco et Agathe Listrat
Fabrication instruments musicaux en papier : Matthieu Jackson

Costumes : Marlène Rocher

Création lumières : Nicolas Augias

 

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Paris, 2035.
Harcelée et exaspérée par un monde bruyant et moqueur, Ida – dix ans – se réfugie dans les livres de la bibliothèque de sa grand-mère et s’enferme de plus en plus dangereusement dans le monde imaginaire qui surgit des pages écrites.

 

 

L1070380 cliffMonts Appalaches, 1935.
Confiné tout en haut des montagnes, dans un univers taiseux et clos, Will – dix ans – se rend utile grâce à son couteau. Un jour, une dame en pantalon arrive à dos de cheval avec des livres.

 

Ces deux histoires, illustrées et commentées, par deux marionnettes-livres sont soudainement interrompues pas l’irruption d’images cauchemardesques.
C’est la guerre, l’ennemi est là, tenir un livre entre ses mains devient mortellement dangereux, les maisons brûlent, les livres brûlent.

Nos livres narrateurs sont obligés de rentrer dans l’oeil du cyclone de l’Histoire et de prendre parti afin de se survivre. Qui pourrait aider les livres dans leur Résistance ?
Ida ? Will ? Les spectateurs?

 

Le texte

Chanson du début de l’histoire
LE LIVRE ET LA LIVRE : C’est l’histoire d’Ida, c’est l’histoire de Will, Paris, Kentucky.
Ida. Et Will. Et Ida. Et Will. Non, Ida. Non, Will.
LA LIVRE : Bon, moi je raconte Ida.
LE LIVRE : Et moi je raconte Will.
LA LIVRE : Encore heureux, sinon nous serions la même.
LE LIVRE : Nous ferions DE même ! On voit bien que nous ne sortons pas du même éditeur, Madame.
LA LIVRE : Tant mieux, on est différents et on ne tombe pas toujours d’accord. C’est l’esprit critique. Ils se feront leur idée à eux, eux.
LE LIVRE : Will, il n’aime pas lire. / LA LIVRE : Ca non
LE LIVRE : Will, il sait pas lire. / LA LIVRE : Ca non
LE LIVRE : Personne ne lui a appris, et puis même lui il se dit que : c’est mieux de ramasser les châtaignes, cueillir les groseilles, traire les vaches, surveiller les chèvres, balayer, nettoyer le poulailler, monter la garde contre les loups. Il y a tout le temps des choses à faire…
LA LIVRE : Alors que : Ida !
Ida, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit.
Toute la journée, et toute la nuit aussi.
LE LIVRE : Pourquoi, elle lit tout le temps ?
LA LIVRE : Elle n’aime pas le monde réel. Elle préfère celui de son imaginaire.
LE LIVRE : Ah, c’est vrai que dans le monde réel, on tombe et on se fait mal, on a faim, on est fatigué, on aime et puis on nous quitte, et on pleure, aaaaah, et on est trop gros, trop maigre. Vous me trouvez trop gros ?
LA LIVRE : Non, plutôt trop mince, mais votre nez est très gros en effet !
LE LIVRE ET LA LIVRE  : Alors Ida…. Elle lit, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit, elle lit.
LA LIVRE : Pendant que Will, lui…
LE LIVRE ET LA LIVRE  : Pas lui, pas lui, pas lui, pas lui, pas lui, pas lui, pas lui, pas lui, pas lui.

Avec Dé-livre-moi le spectateur est appelé à suivre trois fils narratifs.

Ida et Will se dessinent comme deux opposés qui vivent aux deux coins de la planète et à un siècle d’écart.

Afin de se protéger du monde réel, Ida se cache dans le monde imaginaire des livres. Elle se retrouve ainsi à vivre par procuration au risque de ne plus retrouver le chemin d’une existence quotidienne en chair et en os avec ses semblables. Ida ne fait que lire, ce qui lui attire les moqueries cruelles de ses camarades de classe. De plus en plus seule et à l’écart, elle devient inconsistante au monde.

DSC_2451 cliff2Will, lui, se cogne aux limites bornées d’un monde rudement concret et terre à terre où chaque chose existe de par sa fonction et son utilité. Les livres amenés par une mystérieuse dame en pantalon le poussent à accomplir ce pas de côté qui permet de rentrer en dialogue avec lui-même, les autres humains et l’environnement dans lequel il vit.

L1070435Ida est à l’image de ces enfants premiers de la classe, doués d’une sensibilité et d’une intelligence autres, qui, la plupart du temps, n’arrivent pas à affirmer leur spécificité face au groupe. Harcelés au quotidien, ils/elles s’obligent à faire profil bas ou à se conformer aux lois de la meute ou s’enfuient dans un ailleurs virtuel.
Au contraire, Will est immergé dans un monde bien concret et réel qui l’enferme dans l’aphasie. Il ne sait pas nommer les choses, ni les raconter, ni les élaborer.

Si Ida et Will ont une attitude opposée par rapport à la lecture, ils sont tous deux emprisonnés en eux-mêmes et enfermés dans le rôle auquel leur entourage social les contraint. Pour pouvoir être libres et gouter pleinement la vie, Ida et Will doivent marcher l’un vers l’autre et trouver ainsi un point d’équilibre.

Ida vit dans un monde dystopique inspiré de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury et de Le meilleurs des mondes d’Aldols Huxley. Les vicissitudes de Will font au contraire allusion à un moment historique bien précis. La dame en pantalon qui lui amène des livres est une des bibliothécaires du programme Pack Horse Library mis en place par Roosevelt, après la Grande dépression, dans le cadre du New Deal. Des femmes sont salariées pour apporter des livres à dos de cheval dans tout le Kentucky afin de combattre l’illettrisme et de donner accès à la lecture aux habitants de ces lieux reculés. Nos bibliobus sont les héritiers de ce projet.

LA LIVRE : Non ! Stop. Ils nous arrachent, ils nous brûlent, tu crois qu’ils veulent nous exterminer tous ?
LE LIVRE : (silence)
LA LIVRE : Mais pourquoi ?
LE LIVRE : (silence)
LA LIVRE : Pourquoi ?
LE LIVRE : Peut-être qu’ils nous trouvaient trop beaux ou trop intelligents et ils étaient jaloux. Ou alors trop dangereux.
LA LIVRE : Dangereux ?
LE LIVRE : Oui, on dit que les gens qui lisent peuvent se faire des idées, vouloir être libres.
LA LIVRE : La liberté est dangereuse ?
LE LIVRE : Ca dépend pour qui… Pourquoi croyez-vous que seuls les enfants des puissants et des riches apprenaient à lire autrefois ?
LA LIVRE : Vraiment ? Et les autres enfants ils faisaient quoi alors ?
LE LIVRE : Ils travaillaient dans les champs et dans les usines dès leurs huit ans !
LA LIVRE : J’y crois pas, pas d’école ? ça devrait en faire rêver certains que je connais… Tu crois qu’ils vont venir nous prendre nous aussi ?
LE LIVRE : (silence)
LA LIVRE : Je ne veux pas mourir… D’ailleurs, je fais partie d’une collection moi, je suis le numéro 258 alors avant moi il y en a 257 autres à prendre…
LE LIVRE : Madame, soyez à la hauteur de vous même !
LA LIVRE : Qu’est-ce qu’on peut faire ?
LE LIVRE : (silence)
LA LIVRE : Nous cacher ! (Ils se cachent)
LA LIVRE : Nous cacher ! (Elle se cache)
LE LIVRE : Se cacher, ça ne va pas fonctionner… Mais revenez à la fin, il n’y a aucun de danger là.
LA LIVRE : (réapparaissant) Oui, mais il faut prévenir, anticiper, nous organiser, être prêts s’ils arrivent encore !
LE LIVRE : En un mot : la Résistance.
LA LIVRE : La quoi ?
LE LIVRE : La résistance.
LA LIVRE : Je ne résiste pas au feu, c’est bien là le problème.
LE LIVRE : Mais non ! Nous allons créer un grand mouvement : la Résistance.
LA LIVRE : Nous deux, moi et toi ?
LE LIVRE : On va alerter les autres, nos frères, nos sœurs, nos parents, nos cousins. Cette fois-ci, on ne se laissera pas faire.
LA LIVRE : Ah ! La Résistance !… C’est par où alors ?
LE LIVRE : Suivez-moi, Madame.
LA LIVRE : Oui, oui, vous d’abord, et moi derrière (ils ne vont nulle part).
LE LIVRE : Bon ben, non, vous, vous êtes plus jeune, une jeune best-seller, non ?… Alors, vous devant et… Aaaaaaaah.
Ils s’en vont terrorisés.

Le troisième fil narratif de Dé-livre-moi est celui de la destruction des livres et de la Résistance qui se met en place pour les sauver. Ce volet est traité de façon mythologique et légendaire, comme un événement récurrent dans l’histoire de l’humanité même si les références au réel sont malheureusement nombreuses. En 1358 av.J-C. Akhenaton détruit la bibliothèque de Thèbes, en 330 av.J-C. Alexandre le Grand brûle celle de Persépolis, en 146 av.J-C. les Romains détruisent celle de Carthage, en 1204 les Croisés dévastent la bibliothèque de Constantinople, en 1529 les ouvrages des Aztèques sont détruits par ordre de l’Eglise du Mexique, en 1814 les Anglais mettent le feu à la bibliothèque du Congrès à Washington, en 1992 c’est la bibliothèque de Sarajevo qui part en fumée, en 2003 presque toutes les bibliothèques irakiennes sont détruites… Rajoutons à cela tous les ouvrages détruits par le vouloir de la censure des autorités religieuses ou des états totalitaires (les autodafés nazis, les livres épurés lors de la révolution culturelle chinoise).

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La Résistance des livres va concrètement questionner l’opposition entre Ida et Will, monde imaginaire et monde réel, lire et agir. Est-ce que lire est une action de résistance ? Est-ce qu’on peut agir sans avoir préalablement lu et construit sa pensée ? Est-ce que le refus du monde réel et le repliement dans un monde intérieur peut être une forme de résistance ? À quel moment nous décidons d’agir et de nous impliquer en première personne contre un monde brutal et abrutissant afin de défendre notre liberté ?
Les spectateurs sont ainsi amenés à se questionner directement sur le rôle individuel que chacun de nous peut endosser.

Le décor

Le décor est constitué d’un cube d’un mètre sur un mètre recouvert de pages de livres de différents genres : poésie, partition musicale, bande-dessinée, encyclopédie, conte… De plus petits cubes sont présents à côté d’un praticable qui accueille un coin musique.
Ce grand cube recèle en lui plusieurs espaces et plusieurs perspectives. Il peut être habité de l’intérieur comme une cabane dans laquelle on se réfugie. Il peut tourner sur lui même en donnant à voir la même scène de différents points de vue.
Des pages peuvent être ouvertes, ce qui modifie son apparence initiale et illusoire de monolithe et en fait un élément complexe à plusieurs facettes. Une de ses facettes se révèle d’ailleurs être un écran de projection d’ombres, écran qui se morcèle donnant vie à d’ultérieurs espaces de jeu.

Les techniques d’écriture et de jeu

Réinventer la narration

Depuis sa création, La robe à l’envers travaille autour de la narration comme outil de construction individuelle et collective. Avec Dé-livre-moi, nous cherchons de nouvelles façons de mener la narration et d’impliquer le spectateur dans la construction de celle-ci.

Les narrateurs du spectacle ne sont pas les comédiens, mais deux livres-marionnettes. Ce sont eux qui racontent les histoires d’Ida et de Will, incarnés par deux comédiennes. Au début, ces livres-marionnettes, ces objets, mènent la danse grâce à leurs mots et leurs chansons. Ils rentrent dans les scènes, où les humains évoluent, pour les commenter en complicité avec les spectateurs. Mais les maîtres de la narration finissent par être rattrapés par des images qui semblent surgir de leurs cauchemars ou de leur refoulé. Ces images de livres traqués et brûlés les obligent à rentrer dans le récit et à passer à l’action.

Le spectateur traverse des moments où il est englobé dans la narration et dans le son et s’identifie aux personnages incarnés, des moments où, avec les marionnettes-livres, il est observateur de ce qui se passe sur scène, des moments où les marionnettes-livres s’adressent à lui de façon brechtienne pour partager les ficelles de l’histoire et l’inviter à questionner son propre positionnement face aux événements racontés.
Les cassures entre ces moments sont volontairement nettes. Nous souhaitons provoquer le spectateur afin qu’il/elle soit intellectuellement en mouvement et se positionne par rapport à ce qu’il/elle regarde, écoute et vit exerçant ainsi son esprit critique.

Une écriture textuelle, visuelle et sonore

L’écriture textuelle est tout aussi importante que l’écriture visuelle et sonore.
Au plateau, trois artistes : deux comédiennes-manipulatrices et un musicien.
Les comédiennes incarnent l’une le personnage d’Ida et l’autre celui de Will. Aussi, elles manipulent des marionnettes construites à partir de l’objet livre. Les marionnettes-livres parlent et chantent. Le fil narratif de la guerre est entièrement développé en ombre.
Le musicien joue d’instruments fabriqués expressément pour le spectacle avec des livres et des pages de livres : un « book box » ou livre-guitare, des tambours, un papellophone et des flûtes. Des rythmes et des sons sont aussi produits directement avec des livres et réunissent les trois interprètes.

Les livres sont donc un axe de recherche plastique et sonore. Nous les utilisons comme source de bruitage (effeuillage des pages, percussions), comme des objets manipulés pour construire des espaces, et comme élément plastique de base pour la fabrication des marionnettes-livres.
Un dispositif quadriphonique à six enceintes permet que le son puisse tour à tour venir du plateau, de derrière les spectateurs, des enceintes à l’unisson, ou voyager d’une enceinte à l’autre…
Les interprètes peuvent passer d’un espace à l’autre (cube, petits cubes, praticable) et d’une technique à l’autre dans un spectacle puzzle surprenant et ludique.

Histoire du projet et partenaires

Dé-livre-moi a débuté dans le cadre de l’Appel à projet de la DRAC Sud « Rouvrir le monde ». Pendant deux semaines, en août 2020, nous avons partagé notre temps entre création et transmission du travail aux enfants du Centre aéré de Ramatuelle (83), commune dans laquelle la compagnie est implantée.  
Une première petite forme du spectacle d’une durée de 40 minutes avec une comédienne (Elena Bosco) et un musicien (Emmanuel Lefebvre) a été créée grâce à la présence extérieure d’Agathe Listrat, et jouée à l’automne 2020 lors du Prix des lecteurs du Var dans dix-huit Médiathèques du Département.

Forts de ces premières confrontations avec le public, nous avons souhaité mener ce travail plus loin. En novembre-décembre 2020, nous avons profité de 10 jours de résidence au Pôle (Le revêts – 83, dans le cadre des « Plateaux solidaires » financés par Artsud) et au Théâtre intercommunal de Fréjus (83). En mai-juin 2021, nous avons travaillé pendant une semaine au Carré-Sainte Maxime grâce à une aide de la DRAC et une semaine au TNP de Villeurbanne. En août 2021, nous avons été une semaine en résidence de construction au Théâtre de Pertuis (DRAC SUd Relançon l’été 2021).

Prochaines résidence :
29 novembre – 8 décembre 2021: résidence d’apprentissage autour du chant polyphonique chez la compagnie turinoise Faber Teater grâce au Programme européen Erasmus plus.
28 mars-1 avril 2021 : lieu en cours (négociation en cours avec la SN Chateavallon et dossier de résidence déposé au Rasteau – Arts vivants en Vaucluse)
2-13 mai 2022 : Résidence à l’Entre-pont (Nice), sortie de résidence le lundi 9 mai à 14h30
deux semaines en septembre 2022 : lieux en cours (négociation en cours avec le Bouffou Théâtre – Hennebont, et dossier de résidence déposé  au TNP – Villeurbanne)
24-28 octobre 2022 : résidence à la Scène 55 (Mougins)
31 octobre – 4 novembre 2022 : résidence au Centre René Char de Digne avec la Ligue de l’enseignement 04.


La création de la grande forme de Dé-livre-moi aura lieu dans la foulée au Centre René Char à Digne pour tourner ensuite au Carré Sainte Maxime et au Théâtre de Pertuis sur la saison 2022-23.