Dé-livre-moi (création 2022-23)

Dé-livre-moi

 à partir de 7 ans

elena agathe manu +

Ecriture textuelle et idée initiale : Elena Bosco
Ecriture musicale : Emmanuel Lefebvre
Mise en scène collective : Elena Bosco, Daniel Collados et Agathe Listrat
Interprètes : Elena Bosco et Agathe Listrat
Fabrication décor : Frédéric Bonora
Fabrication marionnettes et ombres : Elena Bosco et Agathe Listrat
Fabrication instruments musicaux en papier : Matthieu Jackson
Création lumières : Nicolas Augias

Dé-livre-moi dossier

Visionner des images de répétitions

 

Histoire du projet et partenaires

Dé-livre-moi a débuté dans le cadre de l’Appel à projet de la DRAC Sud « Rouvrir le monde ». Pendant deux semaines, en août 2020, nous avons partagé notre temps entre création et transmission du travail aux enfants du Centre aéré de Ramatuelle (83), commune dans laquelle la compagnie est implantée.  
Une première petite forme du spectacle d’une durée de 40 minutes avec une comédienne (Elena Bosco) et un musicien (Emmanuel Lefebvre) a été créée grâce à la présence extérieure d’Agathe Listrat, et jouée à l’automne 2020 lors du Prix des lecteurs du Var dans dix-huit Médiathèques du Département.

Forts de ces premières confrontations avec le public, nous souhaitons mener ce travail plus loin en creusant l’écriture textuelle, visuelle et sonore en vue d’une création en 2022. En novembre-décembre 2020, nous avons profité de 10 jours de résidence au Pôle (Le Revest – 83, dans le cadre des « Plateaux solidaires » financés par Artsud) et au Théâtre intercommunal de Fréjus (83). Afin de poursuivre et aboutir la création de Dé-livre-moi, nous cherchons des accueils en résidence, des co-producteurs, des pré-achats.

Le spectacle

Milan, 2035 : Ida, 10 ans, exaspérée par le monde bruyant où elle vit, recherche la solitude pour mieux écouter les livres qu’elle entend murmurer depuis la bibliothèque de son grand-père. Elle s’enferme de plus en plus dangereusement dans le monde imaginaire qui surgit des pages écrites.
Monts Appalaches, 1935 : Cliff, 10 ans, confiné tout en haut des montagnes, dans un univers taiseux et clos cherche un moyen pour donner voix à son âme et dialoguer avec le monde qui l’entoure. « La dame des livres » toque alors à sa porte.
A plusieurs endroits et à plusieurs reprises dans l’histoire : c’est la guerre, l’ennemi est là, tenir un livre entre ses mains devient mortellement dangereux, les maisons brulent, les livres brulent. Et pourtant, à plusieurs endroits et à plusieurs reprises, des gens comme nous risquent leur vie pour sauver des livres, les cacher, les apprendre par coeur.

Dé-livre-moi est un spectacle sur la lecture, ce geste solitaire qui exige de s’enfermer dans une bulle de concentration en même temps qu’il nous projette vers l’extérieur en ouvrant une infinité de fenêtres, vers le passé, l’avenir, l’autre, les histoires, les idées.
Tous les enfants apprennent à lire, tous n’aiment pas lire, nombreux sont ceux et celles qui s’éloignent définitivement de la lecture à l’adolescence et pour le restant de leur vie. Et pourtant, cette apprentissage n’a pas toujours été considérée comme la base de l’éducation. Lire, et écrire, ont été longtemps l’apanage d’une minorité de gens.
Comment raconter à nos jeunes spectateurs qu’apprendre à lire est avant tout une conquête humaine que l’on fait pour soi-même ? La lecture est un moyen de transmission, qui permet d’acquérir des connaissances, d’apprendre un métier pour gagner de l’argent certes, mais est-ce là tout son pouvoir ? Non !
Nous défendons l’idée qu’on apprend à lire pour pouvoir penser, parler, être libre en somme, pour pouvoir exercer son esprit critique, pour devenir des citoyens qui sauront agir en conscience.

Dé-livre-moi est un spectacle sur la recherche d’équilibre entre le monde intérieur et le monde extérieur, le monde imaginaire et le monde réel avec la frontière qui les sépare de façon plus ou moins nette. La question de la liberté est finalement en jeu : comment ne pas se retrouver enfermé en soi-même, ou dans une société qui voudrait nous formater ? Comment ouvrir des fenêtres, pour sortir de nous-mêmes, dialoguer avec nos voisins et se donner sans cesse de nouveaux horizons ?

Avec Dé-livre-moi le spectateur est appelé à suivre trois fils narratifs.

elena agathe manu estrade pub 2Ida se réfugie dans le monde de l’imaginaire pour se protéger du monde réel au risque de ne plus retrouver le chemin pour vivre au quotidien avec ses semblables de chair et en os.

 

cliff + elena mario 2Cliff se cogne aux limites d’un monde uniquement réel et terre à terre. Il cherche le pas de côté qui lui permette de se sentir vivant et de renter en dialogue avec les humains et l’environnement dans lequel il vit.

La guerre, traitée ici comme situation extrême où la survie physique des humains et des livres est mise en danger et où souvent les uns comme les autres se sont sauvé ensemble dans la conviction que la survie de notre monde mentale et imaginaire est tout autant nécessaire que la conservation de notre corps. Ces trois histoires se retrouvent finalement mêlées, lorsqu’Ida achète un livre où le prénom de Cliff est inscrit en page de garde…

ombres 1

Ces trois histoires sont inspirées de façon plus ou moins prégnante d’événements réels. Le personnage d’Ida est teinté de la vie d’Inge Feltrinelli, une éditrice italienne d’origine allemande née en 1930 à Essen. Très à l’écoute du monde du livre et des auteurs, elle était animée par le défi de faire sortir les livres des bibliothèques afin qu’ils envahissent l’espace public de tout un chacun.
La dame des livres rencontrée par Cliff est une des bibliothécaires du programme Pack Horse Library mis en place par Roosevelt, après la Grande dépression, dans le cadre du New Deal. Des femmes sont salariées pour apporter des livres à dos de cheval dans tout le Kentucky afin de combattre l’illettrisme et de donner accès à la lecture aux habitants de ces lieux reculés. Nos bibliobus sont les héritiers de ce projet.
Pour ce qui est du fil narratif de la guerre, de la destruction de livres et de résistant(e)s qui essaient d’en sauver, les références au réel sont malheureusement nombreuses. En 1358 av.J-C. Akhenaton détruit la bibliothèque de Thèbes, en 330 av.J-C. Alexandre le Grand brûle celle de Persépolis, en 146 av.J-C. ce sont les Romains à Carthage qui ordonnent la destruction, en 1204 les Croisés dévastent la bibliothèque de Constantinople, en 1529 les ouvrages des Aztèques sont détruits par ordre de l’Eglise du Mexique, en 1814 les Anglais mettent le feu à la bibliothèque du Congrès à Washington, en 1992 c’est la bibliothèque de Sarajevo qui part en fumée, en 2003 presque toutes les bibliothèques irakiennes sont détruites… Rajoutons à cela tous les ouvrages détruits par le vouloir de la censure des églises ou des états totalitaires, et bien sûr, les autodafés nazis.
Nombreux sont aussi les ouvrages qui nous ont inspirés en racontant les histoires d’hommes et de femmes réels ou imaginaires qui se sont opposés à la destruction et qui ont tout mis en œuvre pour sauvegarder les livres. Voici les principaux : Les passeurs de livres de Daraya de Delphine Minoui, Si c’est un homme de Primo Levi, La bibliothécaire d’Auschwitz d’Antonio G. Iturbe, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, La voleuse de livres de Markus Zusak.

La robe à l’envers travaille depuis sa création autour de la narration comme outil de construction individuelle et collective. Avec Dé-livre-moi, nous cherchons de nouvelles façons d’aborder la narration et d’impliquer le spectateur dans la construction de la narration. Le spectacle est construit comme une mosaïque où trois fils narratifs se tressent. L’écriture textuelle est tout aussi importante que l’écriture visuelle et sonore. Le spectateur traverse des moments où il est englobé dans la narration et dans le son et s’identifie aux personnages, des moments où il est observateur de ce qui se passe sur scène et des moments où les marionnettes-livres s’adressent à lui de façon brechtienne pour partager une réflexion ou les ficelles de l’histoire.
Les cassures entre ces moments sont volontairement nettes. Nous souhaitons provoquer le spectateur afin qu’il/elle mette en mouvement ses sens, ses ressentis, sa mémoire, sa sensibilité et se positionne en continuation par rapport à ce qu’il/elle regarde, écoute et vit exerçant ainsi sa liberté et son esprit critique.

Les narrateurs du spectacle ne sont pas les comédiennes, mais deux livres-marionnettes. Ce sont eux qui racontent les histoires d’Ida et de Cliff, incarnés par les comédiennes. Ces livres-marionnettes, ces objets, mènent la danse des humains en mots et en chansons. Ils peuvent rentrer dans les scènes et les commenter avec les spectateurs mais ils finissent par être rattrapés eux aussi par des images qui émanent de leurs cauchemars ou de leur refoulé : des images de guerres et de livres traqués et brûlés qui obligent nos narrateurs à passer à l’action et à se questionner en première personne sur comment avoir le courage d’affirmer et de défendre son identité et sa liberté.

Le décor

Le décor est constitué d’un un cube d’un mètre sur un mètre recouvert de pages de livres de différents genres : poésie, partition musicale, bande-dessinée, encyclopédie, conte… De plus petits cubes sont présent à côté du praticable qui sert de coin musique.

ida sur cube 6Ce module recèle en lui plusieurs espaces et plusieurs perspectives. Il peut être habité de l’intérieur comme une cabane dans laquelle on se réfugie. Il peut tourner sur lui même en donnant à voir la même scène de différents points de vue.

 

IMG_0508 CDes pages peuvent être ouvertes, ce qui modifie son apparence initiale et illusoire de monolithe et en fait un élément complexe à plusieurs facettes. Une de ses facettes se révèle d’ailleurs être un écran de projection d’ombres, écran qui se morcèle donnant vie à d’autres espaces.

 

          cliff lire 2

 

Les techniques de jeu

Au plateau, trois artistes : deux comédiennes-manipulatrices et un musicien.

Les comédiennes font recurs à une multiplicité de techniques :

  • la manipulation de marionnettes : les deux livres-marionnettes qui posent la narration du spectacle dans un chanté-parlé de mémoire brechtienne.

mario 1

  • le jeu d’acteur pour Ida et Cliff.
  • le théâtre d’objets (Ida manipule des livres, Cliff des objets quotidiens d’un intérieur rustique),
  • l’ombre pour le fil narratif de la guerre et la menace de la destruction des livres . Ce sont ces images cauchemardesques qui surprennent nos livres narrateurs.

Dé-livre-moi 9    IMG_0485 C

 

Les deux comédiennes peuvent passer d’un espace à l’autre (cube, petits cubes, praticable) et d’une technique à l’autre dans un spectacle puzzle surprenant et ludique.

Le musicien joue d’instruments en papier fabriqués pour le spectacle : une cithare, des tambours et des flûtes. Des moments musicaux et polyphoniques réunissant les trois interprètes sont prévus. Nous partons sur un dispositif quadriphonique à six enceintes afin que le son puisse tour à tour venir du plateau, de derrière les spectateurs, de partout, ou voyager d’une enceinte à l’autre…

elena agathe manu livre

Des rythmes et des sons sont également produits avec les livres et la voix. Les livres sont donc un axe de recherche plastique et sonore. Nous les utilisons comme matière sonore (effeuillage des pages, percussions), comme des objets manipulés, pour construire des espaces, comme conteneurs d’univers (livres pop-up), comme base pour des marionnettes-livres, comme des masques qui transforment le personnage d’Ida en fille mi-humaine et mi-livresque.